Du Quatrième Pouvoir, aux Chiens de Garde

Lorsque la première édition des Chiens de Garde -https://inventin.lautre.net/livres/Nizan-Les-chiens-de-garde.pdf- du philosophe et journaliste Paul Nizan est parue en 1932, puis rééditée en 1960, le pouvoir divin des journalistes arrivait à ses fins. Oui! Cette immunité dont se vantaient Les nouveaux chiens de garde -https://inventin.lautre.net/livres/Halimi-Les-nouveaux-chiens-de-garde.pdf– comme les nomme Serge Halimi dans le Monde Diplomatique en 2005 bascule fortement, laissant le mythe du Quatrième Pouvoir de côté.

Que s’est-il passé?

Rien de grave apparemment: les médias qui se sont érigés en quatrième pouvoir afin de lutter contre la tyrannie des trois autres (législatif, exécutif et judiciaire) se retrouvent au fil du temps sous leur autorité. Par conséquent, les journalistes véhiculent des propos erronés en convainquant le public que toute information transmise est un postulat. Et, malheureusement, face à des téléspectateurs ignorants la vérité, le mensonge devient réalité.  

Non seulement dans mon pays chéri, mais dans les quatre coins du monde, les médias essaient continuellement de manipuler les masses afin de les mener dans des directions de pensées limitées au profit de l’Etat, du gouvernement ou même d’un certain parti politique. L’important est de toucher une belle somme en fin de journée ou, au moins de régaler son amour propre. C’est ce que nous avons dû subir depuis quelques jours sur l’une de nos chaines télévisées libanaises. Des présentateurs se sont permis de transformer une émission sérieuse, portant sur un sujet local crucial, en une conversation de petits enfants comme quoi « le père de qui serait le plus fort! »

Quoi? Bon, je vous explique. Ceci est vrai, ne soyez pas très choqués; les lois libanaises ainsi que les comités des parents des écoles ont finalement donné aux enseignants « le droit à l’augmentation sur les salaires ». Je suis obligée d’utiliser les guillemets car notre situation est parfaitement sarcastique puisque cette affaire traine depuis cinq ans. Mais en contre partie, les directions des écoles s’abstiennent de payer dignement les sommes qu’elles nous doivent. J’insiste sur le terme « dignement », car cela fait cinq ans que les directeurs accroissent les scolarités en prétendant que ceci est nécessaire afin d’être prêts le jour où les lois de l’augmentation seront légalisées. Or, cette année, une nouvelle augmentation assez fantastique que merveilleuse a été imposée sur les scolarités. Oh là là! Une somme inimaginable qui n’a même pas de sens ni d’excuse puisque les parents paient déjà depuis 2012!

Bref, revenons à nos deux présentateurs qui discutaient de ce sujet avec Monsieur Antoine Medawar, chargé de communication auprès du syndicat des enseignants au Liban. Il ne s’agit pas de les pointer du doigt non, mais de comprendre plutôt l’enjeu de cette interview. Et jusqu’aujourd’hui je n’arrive personnellement pas encore à le faire. Il est clair que les présentateurs n’avaient pas préparé leur émission puisque les informations basiques manquaient à leur esprit et le comble c’est qu’ils s’en vantaient! Mr. Medawar perdait son temps à expliquer à ses hôtes les lois, les droits, les demandes et les obstacles tandis que la conversation devait se concentrer sur les solutions et sur une explication franche, honnête et lucide, de ce qui se passe vraiment sur le terrain. Or, nous avons passé vingt cinq minutes à regarder deux journalistes s’acharner fièrement, avec toute leur ignorance, contre une personne zen et sereine en train de répondre professionnellement selon les constitutions à des questions insignifiantes. Cependant, le pire résidait dans la posture, l’attitude, le ton et la gestuelle de mes collègues. J’avais envie de leur servir un bon café brésilien et d’inviter mes amies à passer la matinée avec eux sur ce même plateau. Histoire de nous raconter comment les enfants se sont disputés la veille avec leurs copains et qui a gagné, parce que la situation ne reflétait que cette idée.

Dommage, oui. Dommage parce que l’éthique professionnelle est une matière essentielle de notre cursus universitaire et la moindre des choses serait de respecter une personne et d’écouter ses propos surtout lorsque nous sollicitons les sujets et que nous posons les questions. Une téléspectatrice défendant le cas abominable dans lequel nous baignons et justifiant les privilèges auxquels nous avons accès en tant que professeurs, devient bombardée par des locutions inacceptables et son appel téléphonique est coupé en plein cours! Pourtant, les avis opposés aux opinions de l’invité semblaient les bienvenus, jusqu’au moment où le journaliste décide de clôturer sa rubrique en coupant la parole à Mr. Medawar en lui lançant une interrogation « intimidante » à son avis: « combien de jours travaille un instituteur? »

Et là, fut la catastrophe!

« J’ai gagné, la la la », tel un enfant de quatre ans ayant coincé son camarade. C’est la seule image qui me vint à l’esprit quand l’intervieweur jeta cette phrase dans le but de montrer que les professeurs ne travaillent pas sur toute l’année et qu’ils exagèrent en voulant appliquer la justice. Oui. Au lieu d’entamer un entretien bien posé, bien mené et qui, en même temps éclaircit les points positifs et négatifs du propos de l’interview, les journalistes ont remis en question leur objectivité et leur expérience. L’interrogatoire qu’ils ont malheureusement provoqué réfléchit un manque de sérieux et une arrogance injustifiable de leur part, néanmoins, il mit en valeur les qualités d’un vrai médiateur et d’un expert en communication.

Nos droits, Mesdames et Messieurs, sont à nous et nous les voulons! Dans d’autres pays civilisés nous n’aurions pas de souci à les réclamer. Alors, mettez-vous de coté et laissez les connaisseurs faire leur travail. Nous payons la TVA comme tout le monde; nous subissons les prix accablants qui continuent leur transgression; notre salaire de base est lamentable, ce qui nous oblige à donner des leçons particulières les après-midis et à préparer les séances du lendemain ou à corriger tard la nuit. Nous assumons nos devoirs, et arracherons nos droits s’il le faut!

Alors s’il vous plait chers journalistes, si vous, ou les médias libanais pour lesquels vous travaillez, ne défendez pas notre cause contre la tyrannie obsolète de quelques business men, restez dans votre coin et faites silence car les chiens qui aboient ne mordent pas.

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