Mes P’tits journalistes contre le racisme

Article : Mes P’tits journalistes contre le racisme
22 décembre 2016

Mes P’tits journalistes contre le racisme

Pour donner du sens à l’apprentissage, une obsession que je ne sais toujours pas dépasser et, puisque notre séquence « Presse » arrive à ses fins, j’ai lancé un challenge à mes élèves de CM2: exprimer votre opinion en argumentant et en justifiant vos choix. Vous pouvez imaginer le vacarme qui eut lieu en une fraction de seconde, mais, soudain, au moment où je lève le « gobelet de parole » (un outil que j’ai mis en place pour mieux gérer la prise de parole et le temps de discussion), tout le monde se tait en attendant avec impatience le sujet. Ces instants fatidiques durant lesquels je les observais en tant qu’experte en communication et puis, tout bascule: imaginez qu’un ami de classe ne veut pas permettre à un autre de jouer avec vous en équipe, juste parce qu’il est d’une autre couleur, que diriez-vous et quelle serait votre réaction? Le premier retour me rassure le cœur. C’était Hélia, calme et posée d’habitude, elle ne put s’empêcher de balancer: « C’est du racisme Madame!« 

Oui, elle avait raison, c’est du racisme.

Pour plusieurs, ce sujet est assez banal qu’on n’en parle plus ces jours-ci, or, dans mon pays, il y a quelques mois, les gens s’affolaient quand ma fille leur racontait que son meilleur ami à la crèche est Sri-lankais.

Oui, dans mon pays, le racisme existe toujours, il va même au delà des nationalités, des couleurs ou des valeurs.

A leur grande surprise, cette fois-ci ils n’allaient pas travailler en IBG, (phases de travail en individuel, binôme puis groupe comme on est habitués dans mes classes) chacun prend son brouillon, se gratte la cervelle et essaie d’exprimer son avis. En les écoutant lire par la suite, je voyais la trame d’un excellent article se former. Grâce à leurs « petites » phrases certes, à leur taille, mais fortes comme un rock tout comme leurs âmes, voilà le meilleur de ce qu’elles et ils ont dit:

« Notre groupe s’amusait beaucoup en jouant à cache-cache, tout le monde riait jusqu’au moment où (Victoria MAHFOUD), Marc mon meilleur ami me dit qu’il ne veut pas que Jean-Louis joue avec nous, juste car il a la peau noire et qu’il est d’une autre nationalité (Patrick HRAIRI). Pour le défendre, j’interviens au près de Marc directement et lui demande d’arrêter ses moqueries et ses mots qui n’ont pas de sens (Thomas AZAR) et lui explique que même s’il existe une différence de couleur, de religion, de nationalité ou que, si quelqu’un est handicapé (Naya TAKLA), il faut croire en lui. Et je lui propose de se mettre à la place de cette personne et de penser à ce qu’il fera (Charbel SABBAGH). Je suis sûr que tu seras triste et malheureux qu’on te traite ainsi (Anthony FARAH). On doit aimer les gens, les aider et surtout les respecter pour leur personne (Laeticia El FHAILY). Ainsi, ils nous respecteront eux aussi car nous sommes des êtres humains au final (Tracy ZAKKOUR). Va, fais le tour de la cour et des autres classes et dis-moi si tu vois deux enfants qui sont identiques; chacun de nous est différents, on a étudié ça en sciences en début d’année (Michèle ABOU SLEIMAN). Tu sais Marc, moi non plus je ne vais pas jouer si tu penses de la sorte (Marie-José KHALIL) et je ne suis pas comme toi, je ne juge pas les gens selon leur apparences, alors je fais équipe avec Jean-Louis (Léa YAMMOUNI). Je me retourne et lui conseille de ne pas écouter les critiques des autres et de venir s’amuser avec nous (Orla HADDAD). Je le trouve un peu timide et perdu alors je le rassure que moi, je ne crois pas qu’il y [ait] de différences (Léa BOU FAYSAL) et qu’il est mon ami n’importe sa couleur, l’essentiel c’est qu’il soit gentil (Joya KHALIL). En se dirigeant vers le préau, il me remercie et je lui répète, encore une fois, qu’on est tous pareil (Michèle AMIUOUNY) et que la vie ne vaut rien sans amitié (Abir El RAII). Tu sais, c’est dommage mais les autres ne comprennent pas que la différence est une richesse (Hélia AVAKIAN). »

P’tits, pace qu’ils n’ont que 10ans; sages parce que leurs pensées, leurs idées et leur imagination dépassent celles des adultes. Parce que le racisme n’est créé que par les grands.

 

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Commentaires

Karim Azar
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Excellent travail les CM2 !! Bravooo